Il y a des dates qui marquent une vie. Longtemps, je me souviendrai précisément de ce que je faisais le 7 janvier 2015 vers 13h. Longtemps je me souviendrai de mes yeux qui n'en finissaient pas de s'écarquiller en lisant les "infos en live" sur internet.  Longtemps je me souviendrai de mes larmes en lisant le nom de Cabu et Tignous parmi les premières victimes. Longtemps je me souviendrai de mon incrédulité face à toute cette violence.

Alors oui, je sais, tout a été dit déjà sur cet attentat. La télé, les journaux, internet, tous les médias ont relayé l'information. Chacun s'est épandu sur son blog pour faire part de sa tristesse, sa colère ou son désarroi.

Ici,  sur ce blog  je n'en ai pas encore parlé.  Bien sûr j'ai affiché mon soutien, en accord avec Pauline et Aurore, avec ce fameux logo Je suis Charlie, mais aucun mot n'est sorti depuis. Comme si le temps s'était arrêté.

J'ai beaucoup lu depuis un mois : des romans, des albums, des Bd pour penser passer à autre chose. Bizarrement,  toutes ces lectures étaient un peu fades, ternes, malgré de très bons textes. J'ai bien tenté plusieurs fois d'écrire un article sur ce blog, mais rien ne venait. 

Et puis cette semaine j'ai lu ça : Nous sommes Charlie. Et puis ça aussi : La BD est Charlie. Et ça m'a fait un bien, putain, un bien fou ! Avec ces 2 ouvrages,  qui n'ont pas de but mercantile mais ça j'y reviendrai plus loin, j'ai partagé ma colère et mon indignation.  Je n'étais plus seule dans mon coin a ruminer tout ça 1 mois après les événements.  Des auteurs, des illustrateurs ont mis des mots sur ce qui me tourmente depuis 30 jours.

Pour les sceptiques qui se diraient "les salauds, ils font du fric avec les attentats" sachez que ces 2 livres sont le résultat d'une belle chaîne de solidarité.  Les auteurs et les illustrateurs ont renoncé à leurs droits. Les éditeurs et les diffuseurs ont offert leurs services. Les libraires ont accepté une remise minorée. Enfin, la totalité des bénéfices de ces 2 ouvrages sera reversée à Charlie Hebdo et aux 17 familles des victimes de ces attentats.

Ces 2 livres la, il faut les lire, il faut les offrir ! Aux convaincus,  aux sceptiques,  aux râleurs et aux gens qui comme moi se souviendront encore longtemps de ce qu'ils faisaient précisément le 7 janvier 2015 vers 13h.

#je suis Charlie...toujours

 

Marie

 

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Depuis bientôt un mois, le 7 janvier exactement, écrire est devenu une affaire compliquée :  j’avais envie de m’exprimer sur les évènements sans vraiment trouver les mots pour décrire mon ahurissement, mon traumatisme, ma douleur. Et puis tout semblait avoir été dit et dessiné…

Alors j’ai essayé de recommencer les chroniques : sans succès. Rien ne venait, l’inspiration et la motivation manquaient à l’appel.

Aujourd’hui, nous avons reçu au magasin les deux ouvrages La BD est Charlie et Nous sommes Charlie, qui évoquent par des dessins et des textes le ressenti sur les attentats de nombreux dessinateurs et auteurs, unis pour la cause. A la lecture de ces ouvrages, j’ai réalisé que j’avais moi aussi besoin d’en parler ou plutôt d’en écrire (parce que l’écriture est à mes yeux une excellente forme de thérapie !).

Passé le choc des attentats, j’ai moi aussi, comme de nombreux Français (mais tout de même pas si nombreux que ça) embrassé la cause républicaine qui nous a fait descendre dans la rue le dimanche 11. J’arborais fièrement mon badge et ma pancarte « Je suis Charlie » et j’ai versé ma petite larme en chantant d’une voix chevrotante le Chant des partisans et la Marseillaise !

Mais malgré cet engouement soudain (qui m’a rassurée sur le fait qu’il existe encore une conscience démocratique en France), je ne pouvais m’empêcher de penser à « l’après » : quand l’émotion sera retombée que restera-t-il de cette solidarité et même de cette fraternité ? Et de fait, mes inquiétudes étaient fondées.

Peu à peu, les langues se sont déliées, et un ballet de phrases incompréhensibles à mes oreilles a débuté, comme : « la liberté d’expression c’est bien joli, mais on devrait peut-être y apporter quelques limites ». Des limites à la liberté ? On ne doit pas entendre ce mot de la même manière… Et il me semble que la liberté de chacun à ne pas lire Charlie Hebdo a été respectée.

Il y a eu aussi « Oui mais Charlie Hebdo a un peu exagéré aussi… » Méritaient-ils de mourir parce que certains manquent cruellement d’autodérision ?

Et ma préférée : « ils ont blasphémé, ce n’est pas normal ». Voilà 110 ans que nous avons voté une loi sur la séparation de l’Etat et de l’Eglise, loi fondamentale de notre République, au sein de laquelle la notion de blasphème n’existe pas. Nous ne sommes pas concernés par le fait que telle ou telle religion interdise de représenter un prophète, oblige à manger du poisson le vendredi ou interdise de travailler le samedi.

Bref, en dehors du fait que ces attentats nous privent de talentueux dessinateurs qui nous rappelaient chaque semaine que nous vivons en démocratie, et ce, depuis 40 ans, ils ont permis également de constater que les Français sont toujours capables d’ouvrir leur gueule même quand c’est pour dire des conneries, et finalement, là encore c’est sans doute le reflet d’une saine démocratie !

Et oui, c’est ça la France !

 

Pauline

 

La BD est Charlie

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Nous sommes Charlie

Collectif

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