J'ai bien conscience qu'en écrivant cet article, je risque de m'attirer les foudres de nombre d'entre vous... Mais je ne peux plus me taire, c'est trop difficile !

A la base, je n'avais pas l'intention de lire cette trilogie ; mais après une soirée entre amis où tout le monde l'avait lu et en parlait avec enthousiasme, je me suis sentie très seule lorsqu'on m'a demandé ce que j'en pensais et que j'ai du répondre que je ne les avais pas lus : étonnement général (oui, parce que quand on est libraire les gens s'attendent à ce qu'on lise tous les livres), surtout quand j'ai avoué d'une petite voix gênée que la plupart des libraires "méprisaient" un peu ce type de livres. 

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Bref, un peu honteuse je me suis dit qu'il fallait savoir ranger ses préjugés au placard et je me suis atelée à la lecture de Cinquante nuances de Grey.

Comment décrire mon ressenti ? Ma première déception fut de constater que ce fameux sex symbol de Christian Grey est en fait un jeune homme de 27 ans ; je m'attendais au milliardaire ténébreux de 40 ans, style George Clooney, qui séduit la jeune étudiante de 23 ans, mais bon, passons, cela ne regarde que moi !

Après environ 130 très longues pages au cours desquelles Ana et Christian se tournent autour, et où les clichés vont bon train, vient la révélation du grand secret : Christian est sado masochiste. Mais pas sado masochiste vite fait, comme ça, en passant. Pas la petite claque sur les fesses du dimanche matin ! Non non non. Comme Christian est très riche, il a les moyens de consacrer à ses penchants sexuels une chambre digne de "l'incquisition espagnole" (et ce n'est pas mon expression mais celle de l'héroïne) avec moultes objet de torture accrochés aux murs.

Personnellement, si je découvre que le mec avec qui je sors depuis peu possède une telle pièce chez lui, je me barre en courant ! Même s'il est terriblement canon. Mais je suis peut-être pas assez ouverte !

Quand ils en discutent, Christian explique qu'il ne peut pas prendre de plaisir sans faire de mal aux femmes, ce qu'Ana trouve hautement érotique... Moi, j'ai peur ! Il lui révèle ensuite qu'elle doit signer une sorte de contrat qui oblige Ana à se plier à quelques règles : la "soumise" devra accéder aux moindres désirs du "dominant" (je vous jure que ce sont les termes utilisés !), être épilée et propre en tout temps, suivre trois heures de cours de gym par semaine pour être au top (financées par le dominant), porter les vêtements que le dominant veut bien la voir porter et qu'il lui achètera... Bon là, j'avoue, l'auteur m'a défnitivement perdue ! Mon âme féministe ne pouvait pas en supporter davantage. J'ai apprécié qu'Ana s'avoue "gênée" par le fait de se faire acheter des vêtements et que "le mot "pute" lui trotte dans la tête"... Non, ma chérie, il peut courir le mot dans ta tête !

Bref, alors que pour ma part j'aurais déjà appelé l'hopital psychiatrique, Ana, terrorisée et excitée à la fois, se laisse allée dans un flot de scènes hautement érotiques au cours desquelles elle peut avoir environ trois orgasmes à la minute... Chapeau Monsieur Grey !

Voilà voilà, j'ai arrêté après la deuxième scène de sexe, parce que franchement, même pour ça, c'est pas formidable. Régine Deforges a fait beaucoup mieux dans La bicyclette Bleue il y a 35 ans !

Bref, ajoutons à tout cela une écriture digne de la collection Harlequin dont les placards de ma grand-mère regorgent, et on obtient ma déception et mon incompréhension face à un tel succès. D'où ce coup de gueule !

Je ne suis pas contre la littérature érotique, bien au contraire, ni même contre les sado masochiste, entendons-nous bien ! Mais je pense qu'on mérite mieux que de se faire fouler au pied par un milliardaire, si beau soit-il, pour prendre notre pied !

A bon entendeur...

 

Cinquante nuances de Grey

E. L. James

Editions  J. C. LATTES

 

Pauline